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Qu’est-ce que la Microéconomie ?

La Microéconomie, c’est une branche de l’Économie qui étudie le comportement des individus et des entreprises. On parle de micro-économie par opposition à la macro-économie qui est la branche où l’on étudie l’économie dans son ensemble (c’est-à-dire le comportement d’un grand nombre d’individus et d’entreprises).

Microeconomie

L’approche bottom-up

Pour reprendre l’expression anglo-saxonne, la microéconomie étudie l’économie à partir de l’approche « bottom-up » (du bas vers le haut) : un peu comme quand on n’étudie le comportement des atomes pour comprendre les caractéristiques de l’objet qu’ils composent.

Dans le cas de l’économie, les atomes ce sont nous (les gens) et les entreprises. Les entreprises ont pour rôle de fabriquer des objets ou de rendre des services aux gens qui les achètent (ou à d’autres entreprises). Du coup, dans l’analyse microéconomique, on fait plutôt la distinction entre consommateurs et producteurs qui se « rencontrent » sur un marché, le lieu de transaction où les producteurs vendent et les consommateurs achètent.

En résumé, en microéconomie, on étudie les marchés par le bas, en observant les consommateurs et les producteurs.

Les modèles : représentations simplifiées de la réalité

Pour choisir un itinéraire, on utilise une carte qui est un modèle, c’est-à-dire un dessin simplifié de la réalité. De même un architecte peut modéliser un futur bâtiment à l’aide d’une maquette qui facilitera les discussions avec les décideurs. Un modèle est donc une abstraction permettant de mieux comprendre un objet complexe.

En microéconomie, on utilise aussi des modèles. Mais on comprend bien qu’on ne va pas modéliser les personnes avec des Playmobils (encore qu’on pourrait^^) : les économistes se servent du langage universel offert par les mathématiques.

Modèles du consommateur, du producteur et du marché

Quand on commence à étudier la microéconomie, on débute généralement par la modélisation du consommateur, celle du producteur et celle du marché.

Le programme du consommateur

Dans notre monde simplifié de la microéconomie, nous sommes des consommateurs… qui voulons consommer ! Pour ça nous avons un revenu qui nous permet d’acheter des biens et des services :

PlaymobilEt nous, en tant qu’économistes, on va chercher à comprendre la décision d’achat de notre Playmobil ! Pour ça on va faire une hypothèse : on part du principe que (ou on « fait comme si ») notre Playmobil – que nous appellerons Jean – est rationnel c’est-à-dire qu’il est capable de choisir entre plusieurs options celle qui lui apportera le plus d’utilité (i.e. qui sera la plus profitable pour lui). C’est un peu de ça dont on parle quand on parle des hypothèses des théories néo-classiques.

Vu qu’on n’est pas ici pour débattre de si c’est bien raisonnable de considérer qu’on est tous rationnels dans nos comportements d’achats (et de dire que quelqu’un de rationnel est quelqu’un qui agit dans son propre intérêt…), on va considérer que c’est quand même bien pratique ces simplifications pour pouvoir avancer dans l’analyse.

Donc Jean est un matheux soucieux de consommer le plus possible. Il a un budget de 10€ et entre dans un magasin où il n’y a que du riz à 1€ le kilo et du jus d’orange à 2€ le litre. S’il n’achète que du riz, il pourra en acheter 10 kilos, s’il n’achète que du jus d’orange, il pourra en acheter 5 litres. Cette contrainte du budget peut se représenter visuellement :

riz jus orangeEt on voit que Jean a en fait une multitude de choix qui s’offrent à lui : il peut acheter par exemple 3 litres de jus d’orange et 4 kilos de riz (3*2 + 4*1 = 10 le compte est bon !). C’est le point qui est dessiné sur le schéma. De la même façon, il peut choisir n’importe quel autre point sur la droite bleu, par exemple le point correspondant à l’achat de 3,5 litre de jus et 3 kilos de riz (3,5*2 + 3*1 = 10).

On a donc tracé en bleu une « contrainte de budget » pour utiliser le jargon des économistes. Si on remplace la quantité de jus d’orange par la lettre x et la quantité de riz par la lettre y, on peut l’écrire comme ça x*2 + y*1 = 10. C’est l’équation de la droite ! Certains préfèreront l’écrire y = 10 – 2x.

Les préférences

Maintenant qu’on sait ce que peut s’offrir Jean, on voudrait savoir c’est quoi qu’il va choisir (puisque c’est un peu notre but à nous, microéconomistes, d’étudier sa décision). On se doute que dans notre exemple, si Jean à très soif il préfèrera le jus et s’il a plus faim il préfèrera le riz.

Mais ces préférences, on ne va pas les représenter par des courbes aussi quand même ? Eh ben si ! On va simplement tracer des courbes qui correspondent à des préférences équivalentes ou, dit autrement, toutes les combinaisons de quantité de jus d’orange et de riz qui procureront la même satisfaction à Jean seront sur la même courbe :

C’est donc juste une façon de dessiner les préférences de Jean : on voit qu’il aimerait autant un sac contenant 3 litres de jus d’orange et 4 kilos de riz qu’un sac avec 5 litres de jus d’orange et 2 kilos de riz, parce que ces deux choix sont représentés par des points sur la même droite (celle du milieu).

On peut aussi dire que Jean préfère un sac avec 3 litres de jus d’orange et 4 kilos de riz qu’un sac avec 3 litres de jus d’orange et 3 kilos de riz, puisque cette deuxième option est sur une courbe inférieure (plus à gauche, en vert clair).

Courbes indifference

Les courbes vertes sont ainsi appelées « courbes d’indifférence ».

Le choix final

Comment savoir ce que Jean va choisir avec ses 10€ ? Rien de plus simple : parmi les options possible qui lui sont offertes (représentées par la première ligne bleue), il va opter pour celle qui lui plait le plus. Et pour savoir celle qui lui plait le plus, il suffit de regarder les courbes d’indifférences et de choisir la plus à droite parmi celles que Jean peut s’offrir (i.e. pas plus à droite que notre ligne bleue) :

Choix finalOn voit que, dans notre schéma, la courbe verte du milieu est la courbe qui représente les préférences les plus hautes atteignables étant donnée la contrainte de budget de Jean.

Jean étant un maximisateur, il optera pour l’option : 3 litres de jus d’orange et 4 kilos de riz.

Le programme du producteur

Toujours dans ce monde simplifié (modélisé) de la microéconomie, les entreprises sont des sortes de boites noires dans lesquelles des choses entrent (les matières premières et consommations intermédiaires) et d’autres sortent (la production) :

input outputOn emploie beaucoup les termes anglais input et output car ils sont intuitifs. Histoire de ne pas s’éloigner trop de notre premier exemple, imaginons l’entreprise ORANJUS qui fait du jus d’orange :

ORANJUSDe la même façon que notre consommateur Jean avait pour ambition de consommer le maximum selon sa contrainte budgétaire, notre entreprise ORANJUS a pour ambition de gagner le plus d’argent possible c’est à dire de maximiser son profit.

Pour cela ORANJUS va essayer de vendre son jus d’orange au prix le plus élevé tout en achetant ses oranges au prix le plus faible. En effet, en microéconomie, le profit est simplement la différence entre le chiffre d’affaires (prix*quantité vendue) et les coûts. Schématiquement, on appelle le profit « pi » (lettre grecque) et on écrit :

profit1Vu qu’en microéconomie on va faire l’hypothèse qu’on a beaucoup de concurrents qui produisent du jus d’orange aussi bon, on ne va pas pouvoir choisir notre prix (ORANJUS vendra au même prix que la marché et le prix sera un paramètre). La quantité produite va dépendre des choix des dirigeants de ORANJUS : on peut acheter beaucoup d’oranges et de machines et employer beaucoup de travailleurs pour produire plus par exemple. Du coup on note « Q » la quantité produite  et on écrit :

QC’est à dire que la quantité produite Q dépend du travail L (pour labor en anglais) et du capital K (qui englobe tout ce qui n’est pas du travail c’est à dire les machines presse-orange, l’usine… même les oranges pour simplifier ! enfin… si ça simplifie^^).

Et les coûts, ce sera ce que ORANJUS aura dépensé pour le travail et ce qu’elle aura dépensé pour le capital. En résumé, le profit c’est :

profit2vu que le cout du travail, en simplifiant, c’est le salaire (W pour wage en anglais) fois le nombre de travailleurs L (pour labor) et en notant Pk le cout du capital, voilà notre modèle mathématique de profit :

profit fonctionJusque là on a un modèle simplifié de la réalité qui va nous permettre de comprendre comment une entreprise peut fixer ses quantités pour maximiser son profit (donc la valeur de l’équation du dessus).

Là où sa commence à devenir un peu chelou pour quelqu’un qui n’a jamais fait de microéconomie, c’est la façon de représenter la fonction de production de l’entreprise (i.e. la relation qu’il y a entre les inputs L et K et l’output Q). En effet, voilà comment on la représente :

productionPourquoi tant de mal me direz vous ? En fait on cherche à utiliser une fonction suffisamment simple pour être manipulable mais tout en respectant certaines contraintes :

  • si on double tous les inputs (2 fois plus de capital et de fois plus de travail), on double l’output (la quantité produite). C’est par toujours le cas mais c’est pratique de raisonner comme ça,
  • la forme de la fonction est aussi intéressante :Cobb DouglasComme c’est un graphique à deux dimensions, on représente une courbe pour chaque niveau de production étudié avec Q1 représentant la production la plus élevée. Là où c’est cool, c’est que si on regarde une courbe, on voit que l’entreprise à le choix, dans une certaine mesure, entre travail et capital. C’est à dire qu’elle peut produire autant en diminuant les machines (K) et en employant plus de personnes (L), ce qui lui donne de la marge de manœuvre pour répondre à une hausse des prix des fournisseurs par exemple. ET comme la courbe s’écrase sur les coté, ça veut dire que le capital et le travail sont assez complémentaires : il arrive un moment où je ne peux pas baisser le nombre de mes machines sans baisser la production.

Voilà, le truc c’est que la résolution de cette maximisation du profit est un peu moins intuitive que pour le consommateur, il y a d’autres éléments à considérer. Mais le principe est le même : on modélise mathématiquement la situation en la simplifiant et on résout algébriquement et même graphiquement pour trouver quelle quantité de jus d’orange ORANJUS devra mettre sur le marché pour gagner le plus d’argent possible.

Le marché

Juste un petit mot sur le marché qui est simplement, en micro, la représentation de la rencontre entre les consommateurs et les producteurs. Voilà donc la fameuse courbe :

offre et demandeLa quantité de produits offerts sur un marché augmente quand le prix augmente, c’est pour ça que la courbe orange monte. La quantité demandée d’un produit diminue (en théorie !) quand le prix augmente : si c’est trop cher on achète pas. C’est pour ça que la courbe bleue diminue. Le marché étant le lieu de rencontre entre l’offre et la demande, c’est le point de rencontre de ces deux courbes qui permet de lire graphiquement le prix des produits vendus et en quelle quantité (exemple : 1€ le litre pour le jus d’orange pour 1 000 000 de litres vendus dans la ville de Jean).

Après en microéconomie on va étudier différents types de marchés : ceux où la concurrence est parfaite (pleins de producteurs, pleins d’acheteurs, tous les biens vendus identiques), ceux où il n’y a qu’un seul producteur (monopole) ou pas beaucoup (oligopole)…

Stratégies d’auto-illusion : optimisme de défense vs pessimisme de défense

Cet article est un peu particulier : c’est l’explication de mon mémoire de Master. C’est un travail de recherche en Economie, plus particulièrement en Economie Comportementale : la branche  qui étudie nos comportements (psychologie) et leurs impacts sur nos décisions économiques.

Introduction

L’idée était de reprendre un travail de recherche réalisé par Jean Tirole (Economiste français, Prix Nobel en 2014) et Roland Bénabou (Economiste américain). Ils avaient publié en 2002 un article intitulé « self-confidence and personal motivation » dans lequel ils utilisent la méthode économique – i.e. la modélisation mathématique – pour comprendre le lien entre la confiance en soi d’une personne et sa motivation à faire un effort.

Comme souvent en économie, on part de l’offre et de la demande^^ dans notre cas, on cherche donc c’est quoi la demande et l’offre de confiance en soi 😮 Dit autrement : pour quelle raison souhaitons nous avoir confiance en nous ? (demande de confiance en soi), et comment devient-on plus confiant ? (offre de confiance en soi).

Côté demande, on apprend qu’il y a trois raisons pour lesquelles on peut rechercher la confiance en soi :

  1. parce que c’est plaisant, on retire une utilité à être confiant,
  2. pour faire passer un message : si votre interlocuteur vous sent confiant, il aura plus de facilité à vous faire confiance à son tour,
  3. parce qu’on en a besoin pour se motiver à faire une tâche difficile, un effort.

En fait le travail de Tirole et Bénabou se concentre sur le 3ème type de demande de confiance en soi, celle qui permet de se motiver à faire un effort (d’où le titre^^). Il étudie plus précisément ce qu’ils nomment l’optimisme défensif, c’est à dire la situation où une personne va maintenir artificiellement un niveau élevé de confiance en soi pour se motiver à entreprendre une action. Comment va-t-on maintenir ce niveau de confiance ? en d’autres termes : d’où vient l’offre de confiance en soi ? de… l’auto-illusion ! C’est en quelque sorte en nous mentant à nous même qu’on va pouvoir se motiver 😉

Pour le dire crument : soit on évite de regarder la réalité en face, soit on l’oublie (une fois que c’est trop tard et qu’on y a déjà été confronté). C’est ça qui nous permet de garder la confiance^^

Le modèle initial

Un modèle, c’est une représentation simplifiée de la réalité. C’est marrant, parce que souvent ces modèles « simplifiés » sont tout sauf simples :) Mais la réalité, elle, est très très complexe…

Dans leur modèle, Jean Tirole et Roland Bénabou imaginent un monde avec un individu (appelons le Tom) qui doit faire un effort. La question, qu’on se pose tous dans la situation de Tom, c’est : est-ce que ça en vaut vraiment la peine ?

Deux hypothèses sont faites sur Tom :

– la première c’est qu’il ne sait pas vraiment ce que va lui couter l’effort (est-ce que c’est si chiant que ça ?) ni ce que ça va lui apporter de le faire. En langage économique, on dit qu’il a une connaissance imparfaite des couts et des bénéfices associés à l’effort. On peut dire, en quelques sortes, qu’il ne connait pas bien ses habiletés.

– la seconde, c’est que l’habileté et l’effort sont complémentaires pour réussir l’action à entreprendre. En gros, même si on est très doué mais qu’on ne fait rien ça ne marchera pas et même s’il y a juste un tout petit effort à faire, on y arrivera pas si on est vraiment nul (le talent et l’effort ne se compensent pas mais on besoin l’un de l’autre, comme une chaussure droite et une chaussure gauche).

En plus de ça, on oublie pas que Tom est, comme un peu tout le monde, incohérent temporellement. Ca veut dire quoi ? simplement qu’on a une préférence un peu trop prononcée pour le présent (Carpe Diem^^) et qu’on a du mal à évaluer objectivement le futur.

Le monde de Tom

Le monde de Tom est un peut particulier : il ne comprend que 3 périodes :

dans la première période (t=0) Tom doit choisit s’il va, en période 2 (t=1) s’ouvrir au monde et donc adapter son niveau de confiance en soit aux informations qui lui parviendront (qui pourront être des bonnes ou des mauvaises nouvelles).

dans la deuxième période (t=1), Tom reçoit ou non des infos du monde extérieur (selon son choix en t=0) et, d’après son niveau de confiance en soi, décide de faire ce fameux effort ou pas. S’il le fait, il en paye le prix tout de suite et ne recevra les gain (potentiels) que plus tard, en t=2. Sinon, il ne paye ni ne gagne rien.

dans la troisième période (t=2), il ne se passe rien si Tom n’a rien fait avant. S’il avait fait l’effort et que celui-ci était utile, il percevra ses bénéfices. Si l’effort n’a servi à rien (et la c’est juste une histoire de chance), il ne gagne rien non plus…

Pour résumer :

Tirole et BénabouLe choix en période t=0 :

Qu’est ce qui va orienter le choix de Tom, en période 1, de mettre ou non les boules quies ? S’il les met, il n’apprendra rien en t=1 qu’il ne savait pas en t=0 et donc sait qu’il gardera inchangé le niveau de confiance en lui qu’il a en t=0. C’est marrant : on définit la confiance en soi de Tom comme sa croyance sur son niveau d’habileté.

Par contre, s’il ne les met pas, il va pouvoir recevoir des infos qui vont lui permettre de mettre à jour ses croyances sur ses capacités : soit à la hausse si elles sont positives, soit à la baisse si elles sont négatives…

On peut donc raisonnablement penser que son choix va dépendre de :

– du bénéfice attendu de l’effort et du cout qui lui est associé,

– de son niveau initial de confiance en lui,

Résultats

Comme on pouvait s’en douter, le modèle montre (une fois tous les calculs bien faits^^) que Tom aura tendance à mettre les boules quies s’il a au départ une confiance en lui élevée. On parle d’optimisme défensif parce que c’est bien pour défendre son optimisme envers ses capacités que Tom va choisir de ne pas regarder la réalité en face.

Le modèle va plus loin et propose d’étudier auto-sabotage : quand il est plus important de ne pas perdre que de gagner, on va se créer nous même des obstacles qui nous servirons d’excuses (ex : je me prends une cuite avant un exam pour que je puisse attribuer mon échec à l’alcool plutôt qu’à un manque de capacité…).

Jean Tirole et Roland Bénabou étudient même dans une deuxième partie l’autre composante de l’offre après la sélection de l’information : l’oubli. Même si la malléabilité de notre mémoire est un concept très intéressant (voire même flippant^^), on s’en tiendra pour aujourd’hui à notre capacité à n’entendre que ce qui nous plait (c’est déjà pas mal !).

Le travail du mémoire

En Economie, on l’a donc compris, on fait des modèles avec des hypothèses simplificatrices pour tenter de comprendre le monde qui nous entoure :) Dans ce processus, le choix des hypothèses peut être déterminant. C’est ce qu’on va voire maintenant en étudiant ce qu’il se passe quand on change les hypothèses de base.

On va essayer de voir ce que ça fait si on considère que l’habileté et l’effort sont des substituts (au lieu d’être complémentaires comme avant). Il y a des situations où si on est très doué, on peut réussir sans faire trop d’efforts et on peut s’attendre à ce que cela ait un impact sur notre motivation^^

On va aussi essayé de voir ce que ça fait de changer le timing du modèle de base : est-ce que si on inverse le cours des choses et qu’on perçoit les fruits de notre effort immédiatement (en t=1) en supportant les cout que plus tard (en t=2) ça va changer quelque chose dans notre motivation ?

Du coup on a deux hypothèses avec chacune deux variantes : ça fait quatre situations à étudier. Voilà un tableau qui les énumère :

Habileté & Effort

Timing

Concept étudié

Objet de l’auto-illusion

Bénabou & Tirole (2002)

Compléments

Cout immédiat et bénéfice retardé

Optimisme défensif

Encourager l’effort

Déviation 1

Compléments

Bénéfice immédiat et cout retardé

Déviation 2

Substituts

Cout immédiat et bénéfice retardé

Déviation 3

Substituts

Bénéfice immédiat et cout retardé

Les travaux initiaux de Jean Tirole et Roland Bénabou ont permis d’étudier le pessimisme défensif : Tom se cache la réalité pour maintenir sa confiance en soi et se motiver à faire un effort.

Voyons ce que fait Tom dans les trois autres cas :

Deviation 1 : on ne change que le timing

Ce qu’on fait ici, c’est qu’on prend le même modèle que celui inventé par Tirole et Bénabou, avec tout pareil (c’est toujours le même Tom dans le même monde imaginaire) sauf que s’il décide de faire un effort, il en reçoit les fruits sans attendre (en t=1) et n’en subira les couts qu’après (t=2). En ne changeant qu’un seul paramètre, on est sur que le changement dans le résultat sera attribuable à celui-ci.

Ca peut paraitre pas grand chose de modifier le moment où on paye et celui où on reçoit. Après tout, quand on va au fast-food on paye avant de manger alors qu’au restaurant traditionnel on mange et on paye ensuite… sans que ça ait l’air de rien changer à notre décision d’aller manger ici ou là^^ Et pourtant c’est important : on a dit que notre Tom est incohérent temporellement : ça veut dire que si on paye au même moment que la commande, ben on va peut être pas prendre la grande frite et la grande boisson parce qu’on sent tout de suite la différence. Par contre si au milieu du repas on tombe à court de ce bon vin on réfléchie pas trop : on commande une autre bouteille et on verra bien à la fin ce que ça fait sur la note 😉

Il se trouve que si on fait les calculs, on voit que le problème de notre Tom est maintenant complètement inversé ! Avec des bénéfices immédiats et des cout reportés, Tom sait qu’il n’aura pas de mal à se motiver :) oui mais voilà : tous les efforts ne sont pas bons à faire : si vous vous blessez en marquant un but, vous allez rater tout le reste de saison… Tom, qui n’est pas certain de son genoux avant de reprendre le match, va se persuader que de toute façon le goal adverse est trop fort et que même s’il essayait il ne pourrait pas le passer.

On va donc parler dans ce cas de pessimisme défensif où le but de la manœuvre est désormais de décourager l’effort !

On a déjà bien avancé :)

Habileté & Effort

Timing

Concept étudié

Objet de l’auto-illusion

Bénabou & Tirole (2002)

Compléments

Cout immédiat et bénéfice retardé

Optimisme défensif

Encourager l’effort

Déviation 1

Compléments

Bénéfice immédiat et cout retardé

 Pessimisme défensif  Décourager l’effort
Déviation 2

Substituts

Cout immédiat et bénéfice retardé

Déviation 3

Substituts

Bénéfice immédiat et cout retardé

Deviation 2 : on ne change que le lien entre effort et habileté

On a vu que le timing avait son importance. Quand est-il de l’hypothèse de complémentarité entre habileté et effort. C’est vrai que pour un exam, quelqu’un qui est très doué échouera s’il n’étudie pas du tout et quelqu’un qui n’est vraiment pas doué pour une matière risque de rater même en passant des heures dans ses cahiers… il est clair que dans ce cas l’habileté et les efforts sont complémentaires pour réussir. Par contre on peut penser à des situations où ce n’est pas le cas : en sport par exemple. Si le but est juste de gagner le match : si je suis vraiment meilleur techniquement que mon adversaire je ne vais pas avoir besoin de faire beaucoup d’efforts pour gagner. A l’inverse, même si je ne suis pas naturellement doué, je pourrai compenser en faisant beaucoup plus d’efforts : là les deux sont un peu substituts.

Pareil, on peut utiliser le monde de Tom pour étudier ce cas. En pratique c’est beaucoup plus compliqué que le cas précédent parce qu’il suffisait simplement d’inverser les variables couts et bénéfices dans les équations. Là il s’agit de trouver une nouvelle équation qui rende compte du caractère substituable ! Un vrai casse-tête mais on va s’en tenir au résultat, on s’en portera aussi bien :) (et sinon à la fin je vais détailler un petit peu^^)

Qu’est ce qu’on trouve ? Comme dans le cas précédent (et à l’inverse du cas présenté par Tirole et Bénabou) Tom chercher à maintenir un niveau bas de confiance en soi. Sauf qu’avant c’était pour ne pas faire n’importe quoi et s’embarquer dans des actions inutiles. Là le manque de confiance en lui est justement ce qui va lui permettre de se motiver à faire un effort. Imaginez que le PSG mène 1-0 face à Bordeaux à la 85ème minute. Il ne vaut mieux que les joueurs parisiens se relâchent en se disant qu’ils ont presque gagnés : une petite baisse de confiance en eux leur permettra de fournir l’effort nécessaire.

On va donc encore parler dans ce cas de pessimisme défensif mais où le but de la manœuvre est cette fois d’encourager l’effort !

On a presque fini :)

Habileté & Effort

Timing

Concept étudié

Objet de l’auto-illusion

Bénabou & Tirole (2002)

Compléments

Cout immédiat et bénéfice retardé

Optimisme défensif

Encourager l’effort

Déviation 1

Compléments

Bénéfice immédiat et cout retardé

 Pessimisme défensif  Décourager l’effort
Déviation 2

Substituts

Cout immédiat et bénéfice retardé

  Pessimisme défensif  Encourager l’effort
Déviation 3

Substituts

Bénéfice immédiat et cout retardé

Deviation 3 : on change les deux hypothèses en même temps !

Le timing a son importance. La complémentarité entre habileté et effort a son importance. Que se passe-t-il alors si on change les deux ?

Quand on change les deux hypothèses par rapport au modèle initial, on se retrouve dans un monde ou l’habileté de Tom et l’effort qu’il doit fournir pour réussir son substituts et, quand l’effort est fait, les fruits sont reçus immédiatement (alors que les couts ne seront endurés que plus tard).

Dans un tel cas de figure, Tom, comme au début, va chercher à maintenir une confiance en lui élevé par l’auto-illusion. Mais cette fois, le but de la manœuvre est, comme dans la déviation 1, de décourager l’effort !

On va donc de nouveau parler d’optimisme défensif mais où le but de la manœuvre est cette fois de décourager l’effort ! Si Tom mène 6/2 5/1 par exemple et sent une douleur à la cheville, il vaut peut être mieux ne pas « tout donner » afin de ne pas se blesser pour le match d’après. Pour ça Tom doit être sur de pouvoir l’emporter même sans faire d’efforts.

On a rempli le tableau :)

Habileté & Effort

Timing

Concept étudié

Objet de l’auto-illusion

Bénabou & Tirole (2002)

Compléments

Cout immédiat et bénéfice retardé

Optimisme défensif

Encourager l’effort

Déviation 1

Compléments

Bénéfice immédiat et cout retardé

 Pessimisme défensif  Décourager l’effort
Déviation 2

Substituts

Cout immédiat et bénéfice retardé

  Pessimisme défensif  Encourager l’effort
Déviation 3

Substituts

Bénéfice immédiat et cout retardé

 Optimisme défensif  Décourager l’effort

Conclusion

On a étudié, grâce au modèle élaboré par Jean Tirole et Roland Bénabou, pourquoi nous (et Tom) donnons de la valeur à notre confiance en nous-même et comment nous la préservons par des comportements qui paraissent irrationnels.

En changeant les hypothèses de départ, on a pu analyser différents cas d’auto-illusions : dans certains cas le but est d’encourager l’effort, dans d’autres de le décourager. Pour ce faire, il faudra des fois maintenir une confiance en soi à un niveau élevé et parfois, au contraire, à un niveau faible.

On retiendra que l’auto-illusion reste une stratégie intra-personnelle : quand on décide de voir le monde comme ça nous arrange pour garder en confiance en nous, il vaudrait mieux que les personnes autour de nous en fassent de même (en évitant les mêmes infos). Et pour que la stratégie marche, on évitera les autres gens… pas cool ça :(

 

Un peu de psychologie : outils et pièges de négociation

La plate-forme en ligne Coursera propose un très bon cours de négociation dispensé par le Professeur George Siedel de l’Université du Michigan. Pr. Siedel y expose 5 faits de psychologie à connaitre si on veut être sûr de garder le contrôle :

L’idée fausse du gâteau de taille fixe (Mythical fixed pie assumption)

Une négociation n’est pas forcément un jeu à somme nul : dans énormément de cas, les deux parties peuvent sortir gagnantes. Pourtant, on a parfois trop tendance a croire qu’on se bat contre l’autre et à ne pas voir que nos intérêts sont peut-être alignés.

L’exemple du bras de fer

Le Pr. Siedel nous l’explique à l’aide d’un exercice qu’il propose en classe : les étudiants se mettent par groupes de 2 en position pour un bras de fer. La règle ensuite est simple : quand le point de l’autre touche la table on gagne un point – le but étant de récolter le plus de points possibles en quelques minutes.

Que feriez-vous dans ce cas ?

Pr. Siedel nous dit qu’il observe deux types de résultats :

– des résultats faibles où chacun essaie de « gagner » les bras de fer,

– des résultats beaucoup plus élevés où les binômes s’entendent et touchent à tour de rôle la table avec le poing.

En effet, le seul objectif était de gagner le plus de points possible mais rien ne précisait que cela devait se faire au détriment de l’autre partie ! (on parle des fois de croyance limitante).

L’ancrage (Anchoring)

L’ancrage est la difficulté à se dégager d’une première impression – même si celle-ci n’est pas fondée. L’exemple souvent donné pour illustrer ce concept est celui-ci :

On donne à des personnes un nombre, au hasard : mettons 834 pour la personne A et 65 pour la personne B. On demande ensuite à ces personnes d’estimer une grandeur inconnue : par exemple la date de mort de Atila le roi des Huns – qui n’a aucun rapport avec le nombre précédemment délivré. On observera pourtant que la personne A aura tendance à donner un nombre plus grand (ex : 522) que la personne B (ex : 110)… car quand on a aucune idée il faut bien partir de quelque part !

Dans la négociation, attention donc au premier prix que vous allez annoncer : inconsciemment, il sera la base de référence chez le client (peut être vaut-il mieux commencer haut et descendre?)

PS : la réponse c’est 453^^

L’excès de confiance en soi (Overconfidence)

Là c’est un aspect de notre personnalité qu’on observe souvent : on précisera simplement que même si ce n’est pas toujours facile à gérer (sa propre sur-confiance en soi ou celle des autres) elle peut être très utile ! Quand on sait que les personnes dépressives sont moins sujettes à ce problème…

Le cadre (Framing)

La façon de présenter les choses compte beaucoup ! Voici un exemple (repris du Psychologue et Prix Nobel d’Economie 2002 Daniel Kahneman) :

Situation 1 :

Vous êtes directeur d’hôpital et on annonce une maladie mortelle pouvant atteindre 600 personnes. Quel programme choisissez-vous ?

Programme A : 200 personnes sont sauvées

Programme B : 1/3 de chances de sauver les 600 personnes, 2/3 de chances de ne sauver personne

Situation 2 :

Vous êtes directeur d’hôpital et on annonce une maladie mortelle pouvant atteindre 600 personnes. Quel programme choisissez-vous ?

Programme A : 400 personnes meurent

Programme B : 1/3 de chances que personne ne meure, 2/3 de chances tout le monde meure.

Résultat :

Quand l’expérience a été menée, 70% des sondés préféraient le programme A en situation 1 alors que 87% préféraient le programme B en situation 2. Bizarre non ? Quand on pense que les situation 1 et 2 sont les mêmes…

La différence, c’est que c’est un choix « positif » dans la situation 1 et un choix « négatif » dans la situation 2. Comme on n’aime pas perdre, on est prêt à prendre des risques pour éviter une perte (situation 2) même si on est pas prêt à en prendre quand c’est dans l’optique d’obtenir un gain. D’où l’importance de la formulation dans la négociation (ici insister sur les pertes potentielles pour inciter le directeur a choisir le programme B).

La disponibilité de l’information (availability)

Si on nous demande qu’est ce qui cause le plus de mort : les accidents de la route ou les cancers du poumons, peut-être aurons-nous tendance à répondre les accidents. Pourtant (au moins aux Etats-Unis) c’est le contraire. Alors qu’est ce qui nous amène à penser que la route est plus mortelle ? Les informations. Quand quelqu’un est tué sur la route, on en parle. Quand quelqu’un meut d’un cancer du poumon, ça ne fait pas la une.

On surestime ainsi les probabilités de réalisation des évènements plus visibles (ex : gagner au loto, avoir un accident d’avion), et sous-estime les moins visibles.

L’escalade (escalation)

Certaines personnes sont très compétitives et veulent gagner à tout prix. Il est important de prendre du recul et de bien comprendre ses motivations et celles de l’autre partie avant de s’engager dans un bras de fer. Pour cela, rien de mieux que d’essayer de se mettre à la place de l’autre.

L’exemple donné ici par le Pr. Siedel est celui d’un professeur qui met aux enchères $20 devant sa classe. L’étudiant avec la plus haute mise gagne les 20$ (moins sa mise). Le piège, c’est que la seconde plus haute mise la perd et ne gagne rien. Ainsi, si vous avez misé 18 et que la plus haute est à 19, vous avez intérêt à monter à 20… et l’autre à 21 ! On peut continuer ainsi pendant longtemps et le Pr. Siedel nous compte le cas où deux étudiants sont allés jusqu’à perdre près de $15000 ! Le gagnant ayant alors perdu presque autant que le perdant…

 La réciprocité

C’est la tendance qu’on a à rendre aux autres ce qu’ils nous ont donné : quand quelqu’un nous rend service, on se sent obligé de rendre l’ascenseur.

Le principe de contraste

Les choses paraissent différentes quand elles sont présentées de façon séquentielle.

Pr. Siedel nous parle de l’achat de sa maison : le vendeur lui en a fait visiter 3, dans l’ordre :

– une maison mal entretenue, nécessitant beaucoup de travaux et chère,

– une maison bien entretenue, nécessitant aussi des travaux et chère,

– une maison bien entretenue et ne nécessitant pas de travaux : c’est celle-là qu’à retenu notre acheteur même si le prix était toujours élevé. Par rapport aux deux autres (par contraste) elle parait meilleure (tout est relatif !)

Une vision globale

Pas toujours facile de garder en tête l’ensemble d’un problème quand on est concentré sur un détail. Cela peut pourtant nous faire manquer des informations essentielles. Voici un exemple très connu en vidéo :

Et si… on ne savait pas réfléchir

Je pense qu’on ne sait pas réfléchir, on ne sait que copier.

Je crois en fait que ce n’est pas parce qu’on est intelligent qu’on étudie, mais précisément l’inverse : c’est en étudiant qu’on devient intelligent. C’est vrai avec toutes les matières.

Une personne que l’on juge intelligente aujourd’hui est, selon moi, une personne qui a simplement eu la motivation ou l’incitation d’apprendre.

L’exemple du calcul

Personne sur cette planète ne saurait compter si on ne lui avait pas appris étant petit. Personne ne sait calculer à partir de rien : on part toujours de résultat connu : par exemple, si je veux multiplier 12 et 7, je peux additionner mentalement 10*7=70 et 2*7=14 pour trouver 84. On voit bien que cette opération demande de savoir que la multiplication est une opération distributive et de connaitre la table de 7^^

Que de la mémoire

On dirait qu’il n’y a que la mémoire qui compte. Admettons que je doive prendre une décision :

– soit je fais comme les autres (je pense qu’on fait ça bien plus qu’on n’ose se l’accorder) ou je demande conseille à autrui (en espérant avoir de bons conseils autour de nous)

– soit je suis dans un cas déjà connu auquel cas je reprends la même décision que dans le passé (exemple : les décisions de tourner à droite ou à gauche sur un trajet connu se font sans même y penser),

– soit je suis seul dans une situation inconnue : je peux toujours la comparer à une expérience similaire et me rapprocher du cas 1 (ce que les modèles théoriques nous aident à faire). Sinon je bugge^^

Mais je ne crois pas que qui que ce soit puisse, de façon innée, analyser une situation complétement nouvelle : la capacité d’analyse elle-même est acquise grâce à l’expérience.

Comprendre

Comprendre pour moi c’est la capacité de prédire. Comprendre un évènement passé, ça veut dire qu’on saura le prévoir s’il survient à nouveau : là encore le rôle de l’expérience (la nôtre ou celle des autres) est primordiale).

Quelqu’un d’intelligent est quelqu’un de chanceux

Ainsi, n’importe qui aujourd’hui qui est « intelligent » est forcément chanceux. La personne qu’on croit être est en fait une somme de connaissances, de techniques accummulées sur de grandes périodes et pleins de générations. Ceux qui n’ont pas eu la chance de naitre dans un environnement où ces connaissances et techniques sont enseignées ne peuvent évidemment pas rattrapper seuls leur retard.

 Un cerveau éponge

D’où mon hypothèse qu’on peut voir le cerveau comme une éponge qui reçoit plein de données grâce à nos sens. C’est la combinaison de celles-ci selon des schémas pré-établis et la mise en commun avec celles d’autres cerveaux qui leur donne du sens. Mais tout le reste, je pense n’est qu’illusion…

Je sais pas si j’ai tout très bien expliqué mais je publie quand même 😉

Apprendre à Apprendre : un bon début ;)

On a à peine appris à marcher qu’on va à l’école pour apprendre. Puis on va au Collège, pour apprendre encore. Ensuite il y a le Lycée, la Prépa, l’Université… où l’on apprend aussi. Et c’est que le début !

Que ce soit une démarche personnelle ou professionnelle, dans un monde en perpétuelle évolution, on est toujours amené à apprendre. Aujourd’hui internet met même à notre disposition des outils géniaux pour que l’apprentissage devienne un plaisir :) Même si je dois beaucoup à Wikipedia, je parle ici des MOOC (Massive Online Open Classroom). Ce sont des cours en ligne sur le même principe que la fac sauf qu’au lieu d’aller dans un amphi, on suit le cours par video.

Comme c’est souvent le cas avec internet, il y a tellement de choix qu’on ne sait pas par où commencer… voici un bon début :

Coursera : learning how to learn

courseraSi vous pensez suivre régulièrement des cours en ligne, autant partir du bon pied ! Quoi de plus naturel alors que de commencer par apprendre à apprendre? Vous êtes sûr que ce que vous apprendrez dans ce cours vous sera utile pour tous les autres 😉

Pour s’inscrire, c’est là : https://www.coursera.org/learn/learning-how-to-learn/. Barbara Oakley et Terrence Sejnowski vous ouvrirons les portes du Savoir ! (en anglais, mondialisation oblige)

C’est quoi apprendre ?

On peut distinguer l’apprentissage « mental » de connaissances et l’apprentissage physique du sport (apprendre à tirer dans un ballon par exemple). Ce cours ce concentre sur la première notion, même si beaucoup de concepts sont communs aux deux.

L’idée est donc ici de savoir comment on peut utiliser notre mémoire de façon optimale et, au passage, se débarrasser de quelques idées reçues contre productives.

Notre cerveau est dynamique !

Le cerveau est l’objet connu le plus complexe de l’Univers : cet amas de quelques 100 milliards de neurones (je ne doute pas que certains n’en aient pas autant lol) contrôle tous nos mouvements et nos pensées. Pourtant, nous ne sommes pas conscient de la façon dont il fait ça, la partie consciente de notre cerveau est toute petite^^

On entend souvent dire qu’on nait avec un stock de neurones qui diminue tout au long de notre vie et que ce capital de départ détermine notre intelligence… Bonne nouvelle : tout ça c’est des conneries ! L’activité de notre cerveau, et donc notre mémoire, est dynamique. Ce qui fait notre intelligence, c’est bien sûr le stock de neurones mais aussi, et surtout, la façon dont il sont reliés entre eux. Or :

– l’apprentissage crée de nouvelles synapses (points de connexion entre neurones) tout au long de la vie,

– de nouveaux neurones sont créés dans une zone du cerveau directement liée à la mémoire : l’hyppocampus (cette découverte est relativement récente, d’où les vielles légendes qui persistent…)

Pour plus de connaissance sur notre cerveau : www.brainfacts.org

Focused vs Diffuse mode

Notre cerveau, nous dit B. Oakley, a deux façons différentes de penser :

– le mode focalisé (focused mode) : c’est quand on se concentre sur une tâche en y réfléchissant de façon consciente,

– le mode diffus (diffused mode) : une fois qu’on a arrête de penser à un problème, il continue à être traité de façon inconsciente par notre cerveau. On s’en rend compte quand on cherche un mot et que c’est seulement quand on n’y pense plus qu’on dit : « ça me revient ! »

L’idée, maintenant qu’on sait ça, va être d’utiliser les caractéristiques de notre cerveau pour apprendre le plus efficacement possible.

L’apprentissage par morceau : les Chunks

La meilleure façon de mémoriser des choses va être en formant des « chunks » (traduction de « morceau »). L’idée va être de relier les différentes pièces du puzzle que l’on veut apprendre en des objets qui ont du sens. L’analogie avec le puzzle que l’ont fait par morceaux est bonne : une fois qu’on a la maison d’un côté, l’arbre de l’autre et le poney on peut les relier ensemble pour obtenir l’image complète du paysage.

Si vous essayer de comprendre un réseau informatique par exemple, vous allez créer un chunk pour comprendre chaque composant (le serveur, le poste client, le routeur, le switch…) en étudiant son rôle séparément. Quand vous reliez tous les chunks vous retrouvez votre réseau (la « big picture »).

Pour construire les chunks, il est donc important d’être concentré, de comprendre et de s’entrainer (cela prend du temps pour une idée de passer de la mémoire court terme à la mémoire long terme).

Les techniques pour apprendre

Quelles sont alors les techniques à suivre pour apprendre efficacement ? Voici quelques conseils :

faire l’effort de se rappeler (recall) : après avoir lu une page, il est bon de fermer les yeux et de se remémorer ce que l’on vient de lire (au lieu de foncer à la page suivante sans s’assurer qu’on a bien compris)

utiliser des associations et des métaphores visuelles : vous voulez vous rappeler d’une liste de course ? Essayez d’imaginer une énorme bouteille de lait dans votre salon, une céréale géante sous la télécommande et des œufs cassés sur votre tapis… vous vous en souviendrez une fois dans le magasin ! Et si les associations sont personnelles, c’est encore mieux. Ca marche aussi pour les concepts abstraits :

chaos Zakia

commencer par le plus difficile : on l’a vu, même quand on arrête de réfléchir consciemment à un problème, on continue à le faire de façon inconsciente. Si on commence par la tâche difficile et qu’on passe à la plus facile quand on est bloqué on ne perd pas de temps (le « diffuse mode » continue à travailler sur la partie dure, le « focused mode » sur la partie facile). L’attention de notre cerveau est une ressource limitée : il faut l’optimiser !

dormir ! Quand on dort on n’est peut être pas conscient, mais on n’est pas inactif pour autant. Le sommeil nous permet de tirer le maximum de notre inconscient. D’autant plus que certaines toxines du cerveau ne s’évacuent que la nuit. Et puis c’est bête de se préparer à fond pour un test et de le rater à cause de la fatigue^^

la technique du Pomodore : se déconnecter de tout pendant 25 minutes en mettant un timer afin de se concentrer à 100% sur une tâche sans se disperser (et d’exploiter au maximum son « focused mode »).

se concentrer sur le processus plus que sur le résultat : en accord avec la technique du Pomodore. Si on doit écrire un rapport par exemple, il vaut mieux se dire : « ce soir je me libère 1h30 pour écrire » plutôt que « ce soir je dois avoir fini le chapitre 1 ». La deuxième option risque d’entrainer plus de procrastination…

se récompenser quand on a fini : pas la peine de se payer un aller-retour sur la Côte-Basque chaque fois qu’on a résolu une équation du second degré… un simple petit étirement fera l’affaire (perso je m’offre souvent des petits cafés et/ou gâteaux^^).

s’exercer dans un autre environnement : quand on apprend, on peut utiliser (consciemment ou non) des petits signaux autour de nous comme moyens mémo-techniques. Il peut être intéressant, une fois à la plage, d’essayer de se souvenirs de concept vu en classe par exemple.

Ce qu’il ne faut pas faire ?

Barbara Oakley et Terrence Sejnowski nous invitent aussi à faire attention à l’illusion de compétence : quand on a le matériel sous les yeux, on peut se faire croire que l’information est dans notre cerveau… non !

Quand on apprend, il est important d’essayer de faire des petites pauses pour essayer de comprendre les idées. C’est plus effectif que de faire des graphiques et diagrammes pour lier les idées entre elles (le faire oui, mais après). A ne pas faire, par contre, c’est prendre un stabilo et fluoter tout le texte… ça donne l’illusion d’avoir assimilé ce qui a été marqué alors que ce n’est pas le cas (et ça use de l’encre lol).

De même, quand vous êtes bloqué sur une tâche, il peut être contre productif de rester dessus sans avancer jusqu’à 2h du matin (quand on sait qu’une bonne nuit de sommeil activera votre « diffuse mode ») 😉

Le cours est très riche, vous apprendrez pleins d’autres concepts qui vous seront utiles toute votre vie, particulièrement pour tous les autres cours que vous suivrez par la suite. Quant à savoir s’il est utile d’acheter le certificat… c’est une question que je me pose ! Votre avis ?

Peut-on acheter le bonheur ?

Le Dalaï-Lama lui-même nous dit que le but de la vie est d’être heureux. Depuis le moment de sa naissance, chaque être humain cherche le bonheur et évite la souffrance.

Normal, donc, que quand on a de l’argent et qu’on peut acheter plein de trucs avec, on va choisir ceux qui nous rendent le plus heureux (et éviter ceux qui nous font mal). Alors comment se fait-il que la dépression soit un des maux des pays « riches » ?

L’argent qu’on gagne

Visiblement l’argent ne fait pas le bonheur… en tout cas pas toujours. En fait, comme souvent quand on se pose des questions, des économistes essaient d’y répondre. Certains d’entre eux ont étudiés la corrélation (le lien) entre revenus et bonheur. Voilà en image je que j’en ai compris :

happiness eurosJ’ai tracé la courbe jaune telle qu’elle (donc le bonheur, avec le smiley ) augmente effectivement quand le revenu (€) augmente. Mais peut importe la vraie forme de cette courbe, on voit qu’elle est loin d’être égale à celle en gris qui symbolise une relation proportionnelle entre l’argent et le bonheur.

En fait, la courbure de la ligne jaune montre qu’au delà d’un certain niveau, chaque nouvel euro gagné nous contente de moins en moins… alors que quand on a peu d’argent, on est très content d’en recevoir ! Vous me direz qu’il n’y a pas besoin de tracer une courbe pour se rendre compte que si on donne 20€ à un étudiant en fin de mois, son sourire sera bien plus grand que si on donne ce même billet à un monsieur de Wall Street^^

Mais il y a peut être besoin de tracer des courbes pour se rendre compte que oui, quand on a peu d’argent il est normal de faire tout son possible pour gagner même de petites sommes. Par contre, quand on est à l’abri du besoin, il n’est plus très rationnel de se battre pour 10€. En tout cas c’est pas ça qui vous rendra plus heureux  😉

L’argent qu’on dépense

On a compris que, jusqu’à une certaine limite, on a besoin d’argent pour être heureux. Mis à part le caractère social ou le sentiment de sécurité que peuvent nous procurer un plus haut revenu, l’intérêt d’avoir de l’oseille : c’est de pouvoir le dépenser !

Oui mais… pas n’importe comment^^ Il y a certaines dépenses qui vous rendront plus heureux que d’autres. Pour résumer tout ça, je vous propose les 5 conseils de E. Dunn et M. Norton dans leur livre Happy Money :

Achetez des expériences : vous hésitez entre des chaussures neuves ou un concert avec des amis ? Le souvenir du concert vous apportera certainement plus de joie :)

Faite en quelque chose de spécial : la rareté est une source de valeur. Si vous aimez quelque chose, n’en abusez pas : vous en retireriez moins de plaisir.

Achetez du temps : si vous le pouvez, prenez le vélo pour aller travailler. Vous échangerez du temps de perdu (embouteillages…) par du temps d’exercices (qui accroit le bonheur!). Une autre caractéristique marrante avec notre temps : si on le donne (à quelqu’un, une association) on a l’impression d’en avoir plus !

Payez maintenant, consommer plus tard : en gros… l’inverse du crédit^^ Si vous payez votre télé avant de la recevoir, vous en tirerez le maximum de satisfaction au moment de la déballer. Si vous la payez après, quand vous vous serez déjà habitué à elle (et donc la valoriserez moins…) la facture passera plus difficilement.

Dépensez pour les autres : le bonheur, c’est la seule chose qui double quand on le partage :) C’est quand même la meilleure des nouvelles de se dire que des recherches scientifiques en psychologie montrent que nous pouvons augmenter notre bonheur en dépensant notre argent pour les autres plutôt que pour nous-mêmes ! La vie est bien faite 😉

Au fait… c’est quoi l’intelligence ?

C’est quoi l’intelligence ?

intelligence_lechat

 

 

 

 

Ce qui est marrant c’est que l’intelligence est un concept très peu compris mais pourtant, tout le monde en parle. Personne ne sait ce que ça veut dire, mais on n’hésite pourtant pas à qualifier quelqu’un d’ « intelligent » ou de « pas intelligent ». Une question se pose donc : sur quels critères peut-on donc bien se baser pour juger quelqu’un sur un concept que nous ignorons ?

Quand on dit que quelqu’un est grand, c’est par rapport à une norme bien mesurable en mètre ou en centimètre. Quand on dit que quelqu’un est peureux, c’est par rapport à ses réactions (ou absences de réactions) dans des circonstances inconnues ou dans lesquelles il n’a que de peu de contrôle sur l’environnement. C’est pas super rigoureux comme jugement de dire que quelqu’un est peureux, mais ça se base au moins sur des réactions visibles suite à une émotion (la peur). Par contre, quand on dit que quelqu’un est intelligent, on connait très rarement son QI et c’est pas comme si la personne ressentait une sensation d’intelligence visible sur son visage… enfin… peut être en fait !

Souvent, quand on parle de quelqu’un d’intelligent, on pense soit à quelqu’un qui connait plein de choses (stock de connaissance), soit à quelqu’un qui est capable de solutionner des problèmes (lié aux mathématiques puisque la plupart des problèmes sont modélisables mathématiquement). Mais comment juger des connaissances de quelqu’un qu’on rencontre ou de ses talents de mathématiciens ? Surtout que, si je n’y connais rien en médecine, comment je vais pouvoir juger de l’étendue des connaissances de mon chirurgien ? Comment savoir si elles sont plus étendues que celles de mon médecin généraliste ?

Intelligence_singeC’est là qu’intervient la variable que je juge la plus intéressante dans l’équation : la variable sociale ! Je vais dire qu’un chirurgien est plus intelligent que mon médecin généraliste parce que d’autres personnes (en qui je suppose que j’ai confiance sans y avoir trop réfléchi) lui ont donné une meilleure note à un concourt national qui lui a permis d’avoir une meilleure spécialisation… là normalement vous vous dites que ce que je suis en train de raconter n’a plus trop de sens^^ ça tombe bien, c’est là que je voulais en venir ! Quand ça commence à devenir un peu trop compliqué de réfléchir nous, les humains, avons une astuce : on ne réfléchit pas ! On croit en ce que l’on veut croire et puis on justifie nos croyances un peu comme on veut. C’est plus facile !

Concrètement, si j’aime bien une personne, je vais dire qu’elle est intelligente. Quand on va me demander pourquoi, je vais trouver n’importe quel exemple où cette personne a eu un raisonnement logique ou a dévoilé des connaissances techniques pour le justifier. Ou alors je vais dire que c’est ce que tout le monde dit et que si tout le monde le dit il doit y avoir une raison.

En pratique, ça veut dire que si tu souris, tu es intelligent. Parce que les gens aiment bien les gens qui sourient^^

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Tout ceci étant dit, l’intelligence est liée à notre conscience et notre façon de réfléchir et une autre approche pour l’appréhender peut être de se demander d’où elle vient, biologiquement parlant.

Il semblerait que c’est l’association de cellules un peu spéciales (que l’on appelle donc neurones) qui « créent » l’intelligence. Dans un corps, chez les humains comme chez bien d’autres espèces, ce regroupement de neurones s’appelle le cerveau : c’est donc là que nous « réfléchissons ». La première chose à noter est que pas mal de neurones se trouvent en dehors du cerveau, regroupés pour former les nerfs. Peut-être donc que nous ne « pensons » pas seulement avec notre cerveau…

reading_brain_softwareUne particularité très importante de notre cerveau est sa plasticité. Si notre cerveau n’avait aucune plasticité (i.e. aucune capacité de se modifier après la naissance) alors nous naitrions avec un certain stock d’intelligence qui ne pourrait que se maintenir ou diminuer (suite à un accident par exemple). Il est clair qu’on peut oublier cette idée de stock figée d’intelligence : en ce qui concerne le nombre de neurone (je vais y revenir), il est visiblement de l’ordre de 100 milliards aussi bien chez les nouveaux nés que les personnes âgées. On observe pourtant une évolution de l’intelligence au cours de la vie ! Celle-ci pourrait donc être due à une évolution dans le nombre de connections (synapses) entre neurones. Et là-dessus, tout le monde est d’accord : ça bouge beaucoup de ce coté-là ! On crée de nouvelles connections tout au long de notre vie, chaque fois qu’on apprend quelque chose il semblerait. Il existe donc bien une plasticité du cerveau qui contredit l’idée d’un stock figé d’intelligence.

On l’a compris, c’est de cette plasticité que provient notre capacité à développer notre « intelligence ». Apparemment, elle repose essentiellement sur l’augmentation des connections entre neurones. Mais peut-être pas que : certains chercheurs expliquent que certaines régions du cerveau (notamment l’hippocampe impliqué dans les fonctions de mémorisation et de apprentissage) ont la capacité de créer de nouveaux neurones (neurogénèse). Bref, si l’intelligence d’un individu est une fonction croissante de son nombre de neurones et du nombre de connections entre eux, alors c’est un concept évolutif par nature.

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Voici quelques conférences du site TED.com que je trouve carrément géniales et qui pourront t’apprendre pleins de choses sur ce qui se passe sous vos cheveux :

–          Michael Merzenich, neuroscientifique, nous parle de la plasticité du cerveau. La vidéo suivante est particulièrement adaptée à notre discussion. M. Merzenich évoque la plasticité du cerveau due à la création de connections entre neurones. Il prend aussi l’exemple des enfants nés avec une fente labiale qui ne naissent pas plus bêtes que les autres (même si on a pu le croire). Ils ont simplement un défaut qui gêne le cerveau pour apprendre : http://www.ted.com/talks/michael_merzenich_on_the_elastic_brain/transcript#t-939000

–          V. Ramachandran, expert du cerveau. Le gars est marrant quand il parle : il nous explique comment fonctionne notre cerveau en nous montrant comment des dommages dans certaines zones se traduisent dans notre comportement : http://www.ted.com/talks/vilayanur_ramachandran_on_your_mind

–          Read Montague , Neuroscientifique du comportement. C’est intéressant car c’est la partie de la neuroscience qui m’intéresse le plus dont il parle puisqu’il évoque ce qui se passe dans notre cerveau quand on interagit avec les autres, ce qui nous amène directement aux sciences sociales. Il parle d’ailleurs de l’économie comportementale (le domaine de David Kahneman, le gars dont je t’avais traduit le texte l’été dernier) https://www.ted.com/talks/read_montague_what_we_re_learning_from_5_000_brains

–          Suzana Herculano, Neuroscientifique, nous explique que c’est grâce à l’invention de la cuisson que nous sommes si « intelligents » ! Le pire, c’est que c’est très sérieux : https://www.ted.com/talks/suzana_herculano_houzel_what_is_so_special_about_the_human_brain

–          Allan Jones : on voit comment sont analysés les cerveaux, comment on les étudient : https://www.ted.com/talks/allan_jones_a_map_of_the_brain/transcript

 

Economie : mesure des inégalités

Voici un extrait d’un échange entre deux fameux économistes du XIXème siècle. En 1820, David Ricardo écrit à Thomas Robert Malthus :

« L’Économie Politique est selon vous une enquête sur la nature et les causes de la richesse. J’estime au contraire qu’elle doit être définie une enquête au sujet de la distribution du produit de l’industrie entre les classes qui concourent à sa formation. »

C’était il y a presque 200 ans, alors que la théorie économique était encore toute jeune (on considère Adam Smith [1723-1790] comme en étant le père). A cette époque, on comprenait déjà que l’important n’était pas le montant de la richesse, mais combien de personnes pouvaient en jouir. On comprend bien que dans le cas où toute la richesse créée serait concentrée dans les mains d’un seul individu, une politique qui se bornerait à accroitre la richesse ne serait pas la plus juste.

Pourtant aujourd’hui, les inégalités dans la répartition de la richesse (des revenus ainsi que des patrimoines) sont très grandes et tendent à s’accroitre. Il existe de nombreuses façon de s’en rendre compte, grâce à des outils utilisés en économie :

La courbe de Lorenz

La courbe de Lorenz est un outil visuel développé par… Mr Lorenz ! (un économiste américain qui a proposé le concept en 1905). L’idée, c’est de dire que si la richesse était répartie également,  chaque pour cent de la population aurait 1% de la richesse. Donc 10% de la population (peut importe lesquels) concentreraient 10% de la richesse, 50% de la population 50% des richesses… C’est le cadre vert : la courbe de Lorenz (en bleu) est une droite.

Maintenant imaginons une situation parfaitement inégalitaire  : toute la richesse de la population est concentrée entre les mains d’un seul individu. Ici, les 10% les moins riches ont 0% des richesses, tout comme les 50% les moins riches, tout comme les 99,9% les moins riches. La courbe reste donc à 0 jusqu’au dernier individu. C’est le cadre rouge : l’aire coloriée en bleu est maximale.

Lorenz 1lorenz 2

Qu’en est-il en France ? Le graphique jaune en donne une idée : la surface bleue est certes bien plus petite que dans la figure rouge (ouf!) mais on est loin du vert. A noter qu’elle a été estimée à partir des données sur le patrimoine des français (et non pas du revenu comme cela peut être le cas).

lorenz 3Source : estimation à partir de : Enquête des patrimoine 2009-2010 de l’Insee

Le coefficient de Gini

Le coefficient de Gini, inventé par… Mr Gini (statisticien italien) est aussi un outil de mesure de l’inégalité, très lié à la courbe de Lorenz. Il s’agit d’un nombre compris entre 0 et 1 (et oui, il y a plein de choses entre 0 et 1 😉 ). Un pays ayant un coefficient de 1 serait très inégalitaire (carré rouge ci-dessus) et un pays ayant un coefficient de 0 sera parfaitement égalitaire (carré vert).

lorenz 4-GiniSur le schéma précédent, le coefficient de Gini correspond à la surface A divisée par la surface A + B.

Comme l’aire du carré est 1, l’aire de A+B=1/2. Par conséquent, le coefficient de Gini équivaut à 2 fois la surface A (puisque diviser par 1/2 ou multiplier par 2 c’est pareil).

Important : le coefficient de Gini se calcule normalement pour la répartition des revenus (et non pas du patrimoine). Pour la France, la CIA l’a calculé à 0,327 : c’est bien plus égalitaire que les Etats-Unis (0,45) ou l’Afrique du Sud (0,631) mais bien plus inégalitaire que la Suède (0,23).

Point de vue

Une situation parfaitement égalitaire (le carré vert) n’est même pas pensable. Il est normal que des gens qui travaillent plus créent plus de richesses et donc soient plus riches. Mais même si une répartition inégalitaire se justifie, celle que nous observons dans les pays aujourd’hui (et c’est encore pire au niveau mondial) n’est pas raisonnable. Et c’est dommage, parce que ça ne va pas en s’arrangeant : on n’a jamais vu autant d’écarts entre les plus riches et les plus pauvres… Si la croissance du PIB ne profite qu’à une minorité (celle qui contrôle la majorité des richesses), est-il légitime que des représentants de (tout) le peuple s’acharne à l’accroitre ? Ne serait-il pas préférable de reprendre une idée vielle de deux siècle et de prendre en compte la distribution de la richesse et pas seulement le montant ?

Il faut rappeler que tout ce que nous avons, nos richesses, ne sont pas seulement le fruit de notre travail, mais aussi celui de toutes les générations antérieures (qui devrait bénéficier à tous).

Motivation au travail : 3 expériences révélatrices

On parle souvent du travail comme d’une tare. Même en cours d’économie, on oppose souvent le temps de loisir et le temps de travail (le second permettant d’acheter le premier). Ainsi on travaillerait dans le but d’augmenter notre utilité, elle-même liée à notre niveau de consommation (ou de temps libre). Ainsi, dans cette vision, les revenus seraient la principale source de motivation au travail…

Pourtant, avec un peu d’observations, cette idée est vite remise en cause. Je vous propose de vous rendre compte vous-même des moteurs de la motivation à travers trois petites expériences de sciences-sociales :

Le problème de la bougie de Duncker

candle-dunckerLe problème de la bougie de Duncker est très simple : les participants sont devant une table dans un coin. Sur celle-ci sont placées une boite remplie de punaise, des allumettes et une bougie. Le but donné est d’attacher la bougie allumée au mur. La solution, simple, est de retirer les punaises de la boite pour l’attacher au mur et y déposer la bougie. Néanmoins, beaucoup ne trouvaient pas tout seul. Par contre, en répétant l’expérience mais en plaçant cette fois les punaises à coté de la boite, le taux de réussite des participants était beaucoup plus haut (en effet, la boite est alors perçue comme un objet à utiliser).

La partie intéressante, c’est la version de Glucksberg. Ce professeur de psychologie a eu l’idée de reproduire l’expérience de Duncker en introduisant une incitation monétaire à une partie des participants (et pas aux autres, le groupe témoin). Le résultat ? Ceux à qui on avait promis de l’argent réussissent moins bien ! Ils sont plus lents ! La dimension monétaire entraine un stress qui peut bloquer la créativité. Quand une tâche est complexe, l’argent n’est plus un bon motivateur. L’autonomie, le sens donné à l’action, la sensation de maitrise, la reconnaissance du travail sont plus à même de motiver les travailleurs.

L’effet Hawthorne

Dans les années 1920, ampouleun psychologue et sociologue australien, Elton Mayo, voulait étudier les facteurs dans l’environnement de travail qui influencent la productivité des travailleurs. Pour ce faire, il réalisa des séries d’expériences dans une usine de matériel téléphonique près de Chicago : la Hawthorne Works. L’idée était de faire varier des aspects du travail des employés : le temps de pause, la durée de travail, le salaire… et même l’éclairage ! pour voir si ça affectait la productivité. Selon une des hypothèses testées, un meilleur éclairage devait augmenter la production. Ça a d’ailleurs été observé dans l’expérience. Le problème, c’est que la productivité a augmenté aussi quand l’éclairage a été baissé ! D’ailleurs, la productivité avait l’air d’être tout le temps plus élevée pendant l’expérience qu’elle ne l’était habituellement dans l’usine… Bizarre ? Non ! Elton Mayo a compris que ce qui était à la source de cette augmentation de la productivité observée, ce n’était pas un des facteurs qu’il était venu tester. C’était l’expérience elle-même ! Le regard des observateurs sur les travailleurs, l’attention qu’ils leur portaient, suffisait à les motiver.

Les Légo de Ariely

légoDan Ariely est un économiste contemporain de l’Université de Duke. Ce spécialiste de l’économie comportementale a mis en place une expérience révélatrice où les participants devaient construire des Légos avec des incitations financières : 3$ pour le premier, 2,7$ pour le second… Certains devaient déposer les Légos finis sous une table en sachant qu’ils seraient détruits après. Pour les autres, les Légos étaient détruits au fur et à mesure, dès qu’ils étaient finis. Dans un sens, l’expérience étaient la même pour tout le monde : faire le plus de Légos de mois en moins rémunérés et qui seraient dans tous les cas détruits une fois le jeu terminé. Pourtant, le premier groupe qui ne voyait pas la destruction de leur travail montait en moyenne 11 Légos, pour seulement 7 dans l’autre groupe dont le travail perdait tout son sens (puisque immédiatement détruit sous leur yeux). On se rend bien compte que le respect du travail, le sens qu’on lui donne est le vrai moteur de la motivation.

C’est quoi la mémoire ?

A l’occasion de la sortie du titre I can’t remember to forget you de Beyonce et Shakira, je voudrais parler de… ahah non, c’est une blague ! J’aime bien cette musique, mais il n’y a que le titre qui se rapproche de quelque chose de très important pour nous : la mémoire.cerveau

  • On vit pour se souvenir

Vous êtes dans votre salon à vous demander où partir en vacances. Votre choix va surement être déterminé en fonction de l’ensoleillement, des activités sur place, des recommandations de vos proches, de publicités… Vous voulez probablement profiter un maximum de ce temps de repos. Maintenant posez-vous la question : feriez-vous le même choix si, pour une quelconque raison, vous appreniez que vous ne vous rappellerez de rien en rentrant chez vous ?

On vit pour nos souvenirs. Même quand on pense au futur, on s’imagine encore plus loin dans le futur et on se demande comment on va s’en rappeler. Ainsi un moment exceptionnel est mémorable.

  • C’est quoi la mémoire ?

Je ne vais pas jouer le neurologue et vous expliquer comment notre cerveau code, stocke et traite nos informations sensorielles… On va la faire plus simple : qu’est-ce que vous avez mangé hier midi ?

Peut-être que la réponse vous est venu directement, ou peut être que vous n’avez toujours pas trouvé. Si vous avez dû chercher, peut être avez-vous commencé par vous demander ce que vous avez fait hier, où vous étiez à midi et soudainement tout vous est revenu. Peut-être avez-vous été marqué par une odeur ou une texture particulière dans ce que vous avez mangé et ça vous a marqué. Peut-être encore que vous mangez la même chose tous les jours et que la question n’avait rien de difficile.

On commence un peu à voir comment fonctionne la mémoire : il y a deux techniques principales qui nous permettent de retenir les choses. La répétition ou l’association. Si vous répétez tous les jours une leçon avant de vous endormir, vous ne l’oublierai jamais. Pour la même raison on retient mieux les refrains dans les chansons. Mais, toujours dans les chansons, on retient mieux le refrain quand il est en français ! C’est plus facile quand on comprend, quand ça fait sens. Ainsi, en ordonnant des idées et en trouvant un sens, on les retiendra mieux.

Une expérience a été faite dans laquelle on disait à des gens de retenir le prénom Cerise et, à d’autres, de retenir le fruit cerise (le mot a été changé pour la traduction). Quand on leur a demandé plus tard de retrouver ce mot, les gens du premier groupe qui se trompaient avaient plutôt tendance à se tromper de prénoms alors que dans le deuxième, ils avançaient un mauvais fruit. Le mot à retenir était portant bien le même !

Pour comprendre la mémoire, on peut s’intéresser à ses défaillances : l’oubli. La plupart des choses rentrent par une oreille et ressortent, plus ou moins rapidement, par l’autre. Ce sont des choses qui n’ont pas retenu notre attention, qui nous paraissaient sans intérêt (ou alors trop compliquées). Des fois il y avait trop de choses à retenir et on n’a retenu qu’une partie. Cette sélection est parfois volontaire, parfois pas. C’est bien là une caractéristique de notre mémoire : on ne la contrôle pas autant qu’on veut !

Cependant, et ne je ne m’étendrai pas sur le sujet, il est important de reconnaitre que notre mémoire est malléable. On construit notre mémoire et celle-ci ne correspond pas forcément à la réalité…

  • Améliorer sa mémoire

Nous n’avons pas « une » mémoire. On voit bien en effet que ce n’est pas la même chose d’apprendre un geste ou une technique en sport que de retenir des tables de multiplication ou le nom d’une rue. Tous nos sens peuvent nous créer des souvenirs et chacun à sa façon. On peut donc en jouer et utiliser des associations pour améliorer sa mémoire. Car c’est bien ce qu’il faut retenir : la mémoire, ça se travaille. Les gens qui ont une bonne mémoire ne sont pas forcément nés avec un don. La plasticité du cerveau (sa capacité à se modifier lors d’un apprentissage) qui, même si elle est plus grande chez l’enfant, est belle et bien présente chez l’adulte, nous montre que (presque) tout le monde peut améliorer sa mémoire ! C’est positif non ?

Il y a énormément à dire sur ce sujet, mais j’ai pas envie de décourager mes lecteurs. Ceci-dit, si ça vous intéresse, voilà quelques vidéos courtes et passionnantes sur le sujet que vous trouverez sur TED.com :

Elizabeth Loftus, The fiction of memory

Peter Doolittle, How your “working memory” makes sense of the world

Daniel Kanheman, The riddle of experience vs. memory